Aux Armes de Bruxelles
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Rue des Bouchers, 13 - 1000 - Bruxelles

Aux Armes de Bruxelles

Le plaisir retrouvé d’un dîner parfait

 

Allez aux Armes, citoyens! Il n’y aura pas de Bastille à prendre: juste la certitude, plus rassurante, de passer un vrai bon moment dans un restaurant à la mode… d’autrefois. 

 

On l’avait pressenti lors du cocktail de réouverture où les invités s’agglutinaient en foule: avec les Van Lancker (Léon) aux commandes, ce serait un succès. La rénovation, scrupuleuse et à l’identique, du légendaire Aux Armes de Bruxelles fréquenté par tant de vedettes pendant 70 ans, indiquait déjà le niveau de l’ambition des repreneurs. On n’allait pas nous faire le coup d’une Belgique Joyeuse à la Disney, non Madame: ici, ce serait du bon, du beau, du Belge quoi. Et le résultat s’avère tout simplement superbe: le décor rafraîchi a conservé l’authenticité de ses salles très différentes. L’une bourgeoise, arrondie et confortable avec ses vitraux, ses boiseries de chêne blond, ses lustres et ses tableaux flamands; l’autre, de brasserie totalement Art Déco, avec un bar plus moderne au fond. Il y en a d’autres à l’étage et sur le côté, de même qu’un bar à tapas, le Comptoir des Armes. Toutes, depuis toujours, séduisent la même clientèle (qui semble d’ailleurs subtilement différente selon l’endroit où elle se cale) de bons Belges surtout, pour qui l’important est dans l’assiette et pas dans la frime. Il n’est que de voir le nombre de dîneurs qui se pressent au rez-de-chaussée pour comprendre, dès l’entrée, que le pari a été réussi sur ce plan-là aussi. Ballet de serveurs prévenants autour des tables au linge immaculé, des “oh” et des “ah” quand un maître d’hôtel allume la crêpe flambée, le spectacle est dans la salle. Dans l’assiette aussi. Le coup de génie a été de reprendre la carte traditionnelle du restaurant, avec tous les plats qui ont bâti sa réputation pendant des décennies. Des plus simples (vol-au-vent de poularde, cervelle de veau tartare, américain frites, croquettes aux crevettes, moules et même tartines au platekeis etc.) aux plus travaillés (waterzooi de poissons Aux Armes de Bruxelles, filets de sole Dugléré, côte de veau sous la mère sauce Blackwell, gourmandises de homard décortiqué aux morilles et pâtes fraîches…), il y en a vraiment pour tous les goûts, tous les appétits. Et tous les moyens, si on choisit par exemple la “formule” du midi à trois services, 25,50€, ou un beau menu à 36,50€. 

Mais quand on aime, on compte moins alors, pour une fois, on ne résiste pas au plaisir d’échantillonner dans les entrées et les plats, selon des souvenirs qui remontent loin, déjà. Et une cervelle de veau tartare (17,50€), avec du céleri rémoulade, une: délectable. Et une paire de croquettes aux crevettes (17,50€), mémorables: onctueuses sous leur croûte fondante, se laissant aller sous la dent sans qu’une sauce trop bisquée vienne cacher le goût délicat des crevettes grises. Parfaites, comme la suite. Filets de sole “Dugléré” aux petits morceaux de tomates fraîches, à la sauce vin blanc et persil toute légère (38,50€). Et un des plats “signature”, somptueux turbot grillé sur l’arête avec un beurre maître d’hôtel tout simple, perfection du produit et de sa cuisson (48,50€). L’impression délicieuse (le tarif mis à part, mais on peut être plus raisonnable) d’entrer dans une sorte de capsule temporelle où tout, les décors et les goûts – d’enfance pour les uns, d’adulte pour les autres – est comme dans les souvenirs des bons moments qu’on garde, dorés, en mémoire. Jusqu’à une nouveauté pour finir, délicieuse crème brûlée piquée de miettes de cuberdons: flambées à table, elles lui donnent un parfum très particulier. Il a de l’avenir: il fera une belle madeleine de Proust, celui-là. S.P. 

Réservation possible
Cartes de crédit acceptées