Irène Sturbelle
Rue du Doyenné, 102 - 1180 - Uccle

Irène Sturbelle

Les séductions du bestiaire d'Irène Sturbelle

 

Qu'attendre d'une petite fille fantasque qui n'aimait pas l'école, au point de les enfiler comme les stations sur une longue et barbante ligne de métro? Qu'elle devienne artiste, puisqu'elle aimait dessiner et qu'à Uccle, toute petite déjà, elle peignait! Irène Sturbelle n'a jamais fait autre chose que ça dans sa vie  (sauf des mises au net, pas drôles, pour un ex-mari architecte). Mais elle l'a fait et le fait toujours sérieusement. Et joyeusement. D'abord, pas rancunière, en s'en allant chercher conseils et encadrement à bonne(s) école(s). La Cambre n'a pas voulu d'elle à cause d'un échec en Histoire de l'Art et Luc Van Malderen a toujours regretté de ne pas l'avoir eue comme élève. Elle a voulu faire de l'illustration. Las! Saint-Luc n'était pas accessible aux filles en 1966. Alors, ça a été Sainte-Marie, l'équivalent de Saint-Luc: "J'y ai trouvé des professeurs magnifiques, comme Eliane Pochet, Chantal de Clève, Françoise Bertrand." Elle suivra également à l'Académie de Boitsfort les cours de "modèle vivant" chez Peter Shoupissert et, à celle d'Uccle, les cours de sculpture de Jean Nicolas Craps. Elle a aussi été l'épouse d'un bon peintre, Reinold Poot, et maman. Elle n'a pas pour autant changé sa vie, plutôt simple et libre, mais a changé de technique chaque fois que commençaient à poindre la lassitude et la crainte de se répéter, de ne plus être aussi fraîche dans son expression. Ce qu'elle est, avant tout: d'une fraîcheur restée un peu enfantine, qui a failli l'enfermer dans un groupe de peintres naïfs dans lequel on l'avait fait entrer. Elle l'a quitté, ne s'y reconnaissant pas et, de fait, il n'y a rien de naïf dans son regard sur la vie, ni dans sa manière d'en traiter les sujets.

 

De l'aquarelle au relief

Les sujets, précisément, elle les trouve autour d'elle, ce sont les chats et les chiens, les animaux qu'elle adore, tigres, éléphants, les rêves qu'elle fait en regardant les nuages passer dans le ciel, les hommes et les femmes qui vivent leur vie de tous les jours. Que ce soit au jardin, au café, au bal, au village ou en marins, sur le pont d'un bateau, réminiscence de voyages personnels. Certains personnages ont le regard fatigué et vide, tourné vers l'intérieur, images d'un alcoolique qu'elle a côtoyé, mais la plupart ont un sourire gentiment ironique dans les yeux, comme le sien. Il y a, c'est vrai, quelque chose d'innocemment moqueur dans sa vision des choses, construction à la fois lucide et rêvée au départ d'éléments familiers. "Je n'aime pas la violence. De temps en temps, je dessine des choses terribles, mais j'essaie de le faire joliment." C'est joliment dit, et joliment fait, avec des influences un peu africaines ou sud-américaines, brésiliennes, qui rappellent un artiste comme Di Cavalcanti. Irène Sturbelle a commencé par faire de l'aquarelle classique, avant d'utiliser la même technique sur un papier de riz japonais dans lequel les dilutions se perdent, pour réapparaître de façon parfois imprévue. "J'en rate huit sur neuf, c'est très dur..." Elle a transposé la finesse de l'aquarelle, avec beaucoup de minutie dans les détails et les séparations entre les couleurs, dans des peintures à l'acrylique sur bois ou à l'huile sur toile, des peintures murales et de très expressives sculptures animalières en papier mâché. Tout récemment, elle a commencé à mettre son art "en boîte", dans des cadres sous verre où la succession de plans donne la sensation du relief. Comme ces cartes de vœux-surprise qui se déploient quand on les ouvre. Avec elle, d'ailleurs, on n'est jamais à court de surprises. S.P.

www.irene-sturbelle.com

Irène Sturbelle a exposé au Doyenné, Maison des Arts d'Uccle, du 1er au 4 mars 2018. Pour voir ses œuvres, c'est sur rendez-vous au 0498.10.19.28.

102, rue du Doyenné, 1180 Uccle.